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La Tau et les bâtisseurs de ponts

cammino san francesco ponte di gallitau

traduction de Anna Medici
Un des symboles des pèlerins est représenté par le Tau, dont la signification est polysémique et fascinante. Le Tau grecque correspond phonétiquement à la Tav hébraïque qui, en étant la dernière lettre de l’alphabet, symbolise l’ « accomplissement », l’arrivée, le fruit mûr. Le signe graphique du Tav est composé d’un petit trait horizontal qui surmonte deux petit traits verticaux, celui de gauche porte à l’extrémité une petite courbe. Elle représente le nouveau début, le grain présent dans chaque fruit, la reprise d’un nouveau cycle, à chaque fois que le précédent est terminé. Le Tau rappelle aussi le bâton du pèlerin, qui est un soutien dans les moments les plus durs, mais aussi le point d’équilibre dans l’avancement. Le bâton représente symboliquement la «sagesse», qui nous soutien dans les moments de découragement, mais surtout il représente la «troisième jambe», le point d’équilibre entre les deux modalités d’avancer, qui sont représentés par le jambes: l’esprit et le cœur, l’intellect et l’intuition, l’analyse et la synthèse. Toutes les deux sont nécessaires et la sagesse nous aide à déplacer l’équilibre de l’une à l’autre, pour aboutir à un bon chemin.
Le Tau est aussi appelé croix de Saint François, qui l’a choisie comme son propre symbole et sa propre signature.
Enfin comme symbole des chevaliers, le Tau nous rappelle les bâtisseurs des ponts. Les chevaliers du Tau, dans le cadre des leurs fonctions d’hospitalité, de soin et de défense des pèlerins, étaient députés à la construction et à la réparation des ponts importants sur les chemins. Leur principal instrument pour cette activité a, en fait, la forme du Tau; et la quantité de ses représentations à Altopascio, siège du principal «ospital» des chevaliers du Tau, suggère que le Tau avait été choisi par eux comme symbole, justement à cause de leur fonction de bâtisseurs des ponts.
Cette dernière symbolique, de quelque façon, contient toutes les autres, car construire des ponts signifie créer des liens entre des lieux éloignés, qu’ils soient physiques ou psychiques. Elle signifie la connexion entre des valeurs et des situations apparemment éloignées, elle signifie l’union des lieux et pas l’éloignement. En réalité même le mot «symbole» signifie de quelques façons «bâtisseurs des ponts», car il dérive de «syn» (ensemble) et «ballo» (mettre), donc mettre ensemble, unir, créer un lien. Et que sont, au fond, les pèlerins sinon des bâtisseurs de ponts, qui, à travers leur longue marche, relient des lieux éloignés, des différentes façons de penser et de vivre, et qui créent des ponts entre eux et le reste du monde, entre eux et les autre vivants?
En parcourant les chemins sacrés nous nous retrouvons connectés à l’unité de laquelle nous sommes partie et la raison profonde de nos souffrances devient claire et insupportable : ce n’est que l’éloignement que nous ressentons dans notre vie quotidienne. C’est l’éloignement des autres personnes, du monde, l’éloignement des parties de nous-mêmes que nous ne savons pas mettre en harmonie. La jambe droite et la jambe gauche se battent pour nous conduire et nous ne reconnaissons aucun bâton qui nous aide à trouver un équilibre entre elles.
Il devient alors nécessaire de construire des ponts tout le temps, avec tous les moyens : en réhabilitant tous les chemins, en parcourant les chemins de la terre et de la vie.


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